Boom ! Je suis surpris, mais je finis de taper mon mail.
Depuis le 28 janvier, nous visitons le pays en famille. Nous avons laissé les vélos à Téhéran et nous voyageons en BUS et sac à dos. Sans les vélos,
une toute autre vision de l’Iran s’offre à nous et les Iraniens semblent plus accueillants. Nous visitons les magnifiques villes historiques de l’ancienne Perse : les Mosquées somptueuses
d’Ispahan, les majestueuses demeures de Kashan et le désert sans fin de Yazd. L’arrivée de ma famille coïncide avec les « 10 Jours de
l’Aube », une fête religieuse qui célèbre la mort de l’Imam Hossein et pendant laquelle des cortèges entiers d’hommes et d’enfants se fouettent le dos en avançant nus pieds. Depuis 4
jours, le portrait du Prophète domine tous les paysages et les lamentations des femmes n’en finissent plus. D’interminables représentations théâtrales exposent la vie du Prophète et les prières
fonctionnent 24h/24h…
Dans les dernières années, la relative libération d’information Iranienne (encouragée par le gouvernement du Président Khatami) a vite été la cible des conservateurs. L’Iran totalise à ce jour le plus grand nombre de journalistes incarcérés du Moyen-Orient et de la Péninsule Arabique. La censure est telle qu’une fois rentré à l’intérieur du pays, il est extrêmement difficile d’avoir connaissance de ce qu’il se passe dans le monde.
Dans le domaine de la télévision, il existe 5 chaînes nationales qui diffusent plus des programmes sur la « vie des Animaux » que des reportages informatifs. Cependant, depuis l’arrivée du Satellite, le changement est notable. Malgré l’interdiction officielle, la parabole est plus ou moins tolérée. Une douzaine de chaîne d’opposition diffusent des programmes en farsi, pour la plupart depuis les Etats-Unis. Les Iraniens captent également des chaînes Arabes et Turques, ainsi que des chaînes étrangères d’information (notamment CNN). Comme dans le cas de la presse écrite, les fermetures des chaînes se produisent par vague, généralement à la suite de troubles politiques ou de manifestations étudiantes. Plus de 80% de la population regarde la télévision (autant la MTV turque que les programmes de l’IRIB…)
t également ralenti instantanément. Les Iraniens patientent parfois plus de 5 minutes pour l’ouverture d’une page mais ils ne se plaignent pas et s’estiment heureux de pouvoir déjà avoir accès au Net. La majeure partie des sites d’information est censurée et l’on ne peut STRICTEMENT rien savoir des événements extérieurs. Toutes formes de créativité contemporaine occidentales (musique, clip, courts-métrages…) sont également impossibles à télécharger. Les « coffeenets », comme on les appelle à Téhéran, ouvrent et ferment leurs portes à un rythme effréné, avant même que le gouvernement s’en mêle. Dans les mois précédents les élections de février 2004 au Majlis, plus de 200 d’entre eux ont été fermés, mais il en reste encore quelques uns… tous les 10 kilomètres !
Après 5005 kilomètres de pédalage et la traversée surréaliste de sites nucléaires sur la route, nous sommes enfin arrivés à TEHERAN, deuxième grande étape du voyage après Istanbul. Nous sommes rentrés à vélo dans l’une des plus folles villes du monde : les voitures roulent en sens inverse, les motos zigzaguent sur les trottoirs, les taxis klaxonnent plus qu’ils n’avancent et les passants risquent leurs vies à chaque traversée de rue ! Les grandes places et les petits shops sont noirs de monde. Des immenses peintures anti-américaines s’exposent sur des murs gigantesques pendant que les petits changeurs de monnaie crient à tue-tête « Dollars Dollars Dollars ! ». La circulation et les constructions effrénées de bâtiments font un bruit d’enfer qui recouvre le chant des appels à la prière. Tout est magmatique ici et les situations les plus drôles s’offrent à vous : un homme qui s’endort carrément au volant en pleine circulation, deux employés de banque qui se battent violemment et publiquement pour avoir un document, un homme qui tombe dans une bouche d’égout sans que personne ne réagisse, des poules et des coqs qui se baladent librement et font les magasins… Le Métro, en revanche, est une vraie Oeuvre d’Art. On a l’impression d’atterrir dans une galerie de luxe contemporaine ou chaque mur expose un tableau abstrait…. mais toujours avec le portrait de l’Ayatollah Khomeiny au centre ! Comme les trains ne passent que toutes les 15 minutes, une femme seule ne peut pénétrer dans les wagons bondés d’hommes. Il existe alors des wagons pour les femmes avec pour chacun un homme de sécurité qui veille à leur tranquillité. Ici, certaines femmes relâchent un peu les mœurs (maquillage plus qu’osé, mèches de cheveux à moitié sortis du foulard, talons aiguilles et jean moulant sous un manteau mi-long). Une journaliste nous a enfin expose clairement la situation : le vélo est STRICTEMENT interdit aux femmes Iraniennes. Il existe des places fermées et réservées exclusivement à cet effet. N’importe quel policier est en droit d’arrêter une femme qui fait du vélo en Iran. Traverser ce pays à vélo, en tant que femme, est donc une petite révolution aux yeux des gens et les journalistes n’ont pas fait long feu pour écrire un article !
La religion Musulmane se découpe en deux courants principaux : les Sunnites (qui forme la majorité des Musulmans dans le monde) et les Chiites.
La République Islamique d’Iran constitue le seul régime Chiite au monde. Sur les 99% de musulmans dans le pays, 89% sont Chiites et 10% sont Sunnites.
Le terme « Chiisme » vient de l'expression arabe Chiat Ali, qui signifie « les partisans d'Ali ». Ali ibn’Abu Talib était le beau-fils du prophète Mahomet et le quatrième calife de la nouvelle communauté islamique (Umma) après la mort de Mahomet. Les Sunnites le vénèrent également comme le dernier des « quatre califes vertueux ».
Comme tous les groupes islamiques, les Chiites actuels considèrent leur forme d'islam comme la plus pure représentation de la religion originelle de Mahomet.
Ali a été choisi par Allah comme Imam et dirigeant légitime du monde (tant musulman que non musulman). L'existence de l'univers dépend de la présence d'un imam vivant et tous les Imams doivent être des descendants d'Ali. Ali et ses descendants imams possèdent des qualités surhumaines que les autres musulmans ne reconnaissent que dans les prophètes, telles que l'infaillibilité (isma), des pouvoirs miraculeux, et une connaissance accordée par Allah (ilm). Ces croyances représentent les piliers de la doctrine Chiite de l'imamat. Les Sunnites rejettent la croyance Chiite selon laquelle les imams ont droit au pouvoir absolu et possèdent une connaissance complète de toutes les sciences
Chez les Sunnites, il n’y a pas d’image divine. A la différence de ceux-ci, les Chiites n’hésitent pas à représenter leurs Imams en icône. Quand, dans le 1er pilier de l’Islam, les Sunnites disent : « Il n’y a d’autre Dieu qu’Allah et Mahomet est son prophète », les Chiites rajoutent à cela « …et Ali est son représentant ».
Ali est le premier des 12 Imams que les Chiites Iraniens reconnaissent comme successeur direct du Prophète. Partout dans le pays, on peut voir les représentations des 4 plus importants Imams : Ali (premier Imam, cousin et gendre du Prophète), Hossein (troisième Imam, fils d’Ali), Reza (huitième Imam) et Mohammed al-Muntazar (douzième Imam, surnommé le Madhi « celui qui est guidé par Dieu »). Les 12 Imams étaient les seuls à pouvoir interpréter le Coran.
On nous a toujours prévenu de l’extrême hospitalité Iranienne… alors nous ne jugerons pas ceci, mais nous ne devons pas avoir de chance dans ce pays. Voila plus de 2 semaines que nous pédalons sous des températures entre -20° et 3° et une succession d’évènements désagréables témoigne du réel changement culturel (le fameux « choc culturel »). En Turquie, on nous avait habitué à la gentillesse, au bon cœur et la solidarité. Ici, nous ne sommes que des clowns ambulants et personne ne respecte notre fatigue et nos besoins primaires (simplement boire de l’eau ou même dormir au chaud). Même si nous respectons les coutumes du pays, les hommes et les femmes rigolent de notre condition de cyclistes et les prix sont multipliés par 10 parce que nous sommes des « touristes occidentaux » comme ils disent. L’échange d’idées avec un « occidental » ne semble intéressé que les intellectuels… et inutile de vous dire comme ils sont peu nombreux sur les routes de campagne ! Sur la route, les voitures roulent à toute allure en sens inverse et les camions nous frôlent en déversant une pollution digne de remplacer les effets du nucléaire. Pour être honnête avec vous : nous ne sommes pas les bienvenus ici et notre « tour du Monde à vélo » est le cadet de leur intérêt. Même si je revêts le tchador traditionnel, je suis toujours - en tant que femme occidentale – un instrument susceptible de donner du plaisir et les hommes n’hésitent pas à me faire ce qu’il n’oserait jamais faire à une femme Iranienne (je passe ici les détails). Sur la route, nous avons eu le droit à des gestes insultants et personne ne s’est jamais arrêté pour proposer son aide alors que nous en avions besoin. La seule personne qui nous a hébergé (pour une nuit glaciale) ne nous a pas adressé la parole de toute la soirée : elle nous a accueilli par pur devoir de « bon religieux ». Mais nous ne jugeons rien car nous ne changerons rien ici. Nous devons juste avancer dans le silence et comprendre que nous traversons un pays obscurantiste ou l’accès à Internet est censuré. L’Iran est un pays pourtant magnifique avec une histoire culturelle étonnamment riche… malheureusement, l’effigie de Khomeiny semble avoir remplacé toute la poésie du pays…