"Nomade des temps modernes", j'emmène paître mes sens sur les vastes champs du monde, chevauchant une bicyclette chargée du nécessaire pour vivre en toute liberté.
Après 5005 kilomètres de pédalage et la traversée surréaliste de sites nucléaires sur la route, nous sommes enfin arrivés à TEHERAN, deuxième grande étape du voyage après Istanbul. Nous sommes rentrés à vélo dans l’une des plus folles villes du monde : les voitures roulent en sens inverse, les motos zigzaguent sur les trottoirs, les taxis klaxonnent plus qu’ils n’avancent et les passants risquent leurs vies à chaque traversée de rue ! Les grandes places et les petits shops sont noirs de monde. Des immenses peintures anti-américaines s’exposent sur des murs gigantesques pendant que les petits changeurs de monnaie crient à tue-tête « Dollars Dollars Dollars ! ». La circulation et les constructions effrénées de bâtiments font un bruit d’enfer qui recouvre le chant des appels à la prière. Tout est magmatique ici et les situations les plus drôles s’offrent à vous : un homme qui s’endort carrément au volant en pleine circulation, deux employés de banque qui se battent violemment et publiquement pour avoir un document, un homme qui tombe dans une bouche d’égout sans que personne ne réagisse, des poules et des coqs qui se baladent librement et font les magasins… Le Métro, en revanche, est une vraie Oeuvre d’Art. On a l’impression d’atterrir dans une galerie de luxe contemporaine ou chaque mur expose un tableau abstrait…. mais toujours avec le portrait de l’Ayatollah Khomeiny au centre ! Comme les trains ne passent que toutes les 15 minutes, une femme seule ne peut pénétrer dans les wagons bondés d’hommes. Il existe alors des wagons pour les femmes avec pour chacun un homme de sécurité qui veille à leur tranquillité. Ici, certaines femmes relâchent un peu les mœurs (maquillage plus qu’osé, mèches de cheveux à moitié sortis du foulard, talons aiguilles et jean moulant sous un manteau mi-long). Une journaliste nous a enfin expose clairement la situation : le vélo est STRICTEMENT interdit aux femmes Iraniennes. Il existe des places fermées et réservées exclusivement à cet effet. N’importe quel policier est en droit d’arrêter une femme qui fait du vélo en Iran. Traverser ce pays à vélo, en tant que femme, est donc une petite révolution aux yeux des gens et les journalistes n’ont pas fait long feu pour écrire un article !